QUAND LE PLAISIR ARRIVE TROP VITE

Ils parlent comme des mitraillettes. Ils mangent à toute vitesse. Leur temps est à tel point compté qu'ils oublient même d'aller aux toilettes. Comment peut-on imaginer que la hâte de ces hommes ne les trahisse pas au lit ? L'urgence émotionnelle qui régit leur vie, et dont ils sont totalement prisonniers, domine aussi leur sexualité. Mais il ne faut pas croire que l'orgasme précoce ne touche que les hommes : les femmes peuvent elles aussi avoir des problèmes de « rapidité ». Le plaisir se limite alors à une décharge électrique locale qui ne se propage pas au reste du corps, et ne procure aucune satisfaction mentale. C'est ce que la sexologue américaine Helen Kaplan appelle « l'orgasme précoce de la femme ».

Tout comme l'éjaculation précoce, ce problème peut être parfaitement soigné, surtout au sein d'un couple solide. Il existe toute une série d'exercices qui permettent de maîtriser l'excitation, et qui se font avec l'aide du conjoint. Il faut pourtant se méfier des guérisons trop rapides, qui ne font qu'exprimer d'une autre façon l'urgence que le sujet continue à ressentir. Thérèse et Albert l'ont appris à leurs dépens. Au bout de trois ans de mariage, ils n'avaient pas encore fait l’amour. Thérèse souffre d'un cas de vaginisme assez classique avec des contractions involontaires qui rendent la pénétration impossible. Elle ne supporte même pas l'examen gynécologique. Elle éprouve pourtant du désir, et elle a des orgasmes clitoridiens, parfois même trop forts. Elle souffre en outre de diverses phobies : peur de l'accouchement, peur de tomber d'édifices élevés... qu'on peut résumer en une seule : celle de perdre le contrôle des choses.

La thérapie est classique : dix séances d'entretiens psychologiques et une gymnastique périnéale sensibilisant les muscles vaginaux. Lors de l'une des premières séances, Thérèse se met à expliquer que, jeune femme, elle avait une sensation de grande dépendance vis-à-vis de ses parents : elle ne voulait pas les quitter et ne pouvait imaginer de ne pas rester nubile et vierge. Le diagnostic est simple : son vaginisme vient en droite ligne de cette image. Au cours de la cinquième séance avec la sage-femme son vagin se dilate au point de rendre possibles les rapports avec son mari. Malgré une prescription prévoyant différents paliers, elle atteint le soir même la pénétration et l'orgasme. L'accélération brutale du processus de guérison risque de provoquer des bouleversements affectifs, comme si une digue cédait brusquement. C'est ce que les psychothérapeutes appellent « la fuite en avant dans la guérison ». Nous avons donc aidé Thérèse à retrouver une vitesse de croisière lors des séances successives. Le succès fut ainsi solidifié et un an après Thérèse accoucha d'un beau garçon.