Parler d'amour fait-il du bien à l’amour ?

Certes, pourvu qu'on soit aveugle et qu'on utilise le braille, dit-on pour plaisanter. Il n'y a pourtant pas de quoi rire. Seules les paroles dites quand il faut et où il faut peuvent être bénéfiques au rapport sexuel et chaque phase a les siennes :

  • Avant. Ils parlent beaucoup et agissent peu ; ce sont des complexés sublimes ou de grands timides comme Cyrano de Bergerac qui ne savait que ferrailler et ne put confesser son amour qu'au moment de mourir. Cela prouve bien qu’il est très difficile de trouver les mots justes au cours de la phase préliminaire. Il faut, pour y parvenir, être en osmose avec ses sentiments. On remarque par contre, que les personnes ayant fait une rencontre adultère sont plus à l’aise dans leur phase d’infidélité.
  • Certains évitent les situations embarrassantes en choisissant de le « dire avec des fleurs ». C'est une solution, à condition que la timidité ne pousse pas à utiliser internet, téléphone et autres canaux de communication pour exprimer un désir qui reste muet quand on se retrouve face à l’aimé.
  • Pendant. La parole participe à la réussite du rapport sexuel au même titre que les vêtements ou la lumière qu’on éteint ou qu’on allume. Les mots sont choisis selon l’humeur du couple : certains s’excitent à l'aide de grossièretés, d’autres retrouvent le langage de l’enfance. Certains étrangers préfèrent parfois revenir à leur langue d'origine, mais l’équilibre est fragile et une seule parole peut éteindre le désir. Prenons l'exemple de l'une de mes patientes qui ne supporte pas que son mari lui parle lorsqu’ils font l’amour, parce qu’il l’empêche de penser au fiancé de son adolescence et de jouir enfin. Les phrases de circonstance, telles que « où en es-tu ? » ne sont pas plus heureuses. Ces questions, même gentilles, montrent à quel point celui qui les pose est mal investi dans le rapport. Quant aux digressions telles que « oh, mince, j’ai oublié d’acheter du pain ! » elles sont tout simplement désastreuses. Le mari d'une de mes amies a interrompu un jour l’interlude érotique du dimanche après-midi par la question : « Penses-tu que le PSG gagnera le championnat ? »
  • Après. « C'était bien ? » demande-t-on sans beaucoup d'imagination. Un peu de créativité ferait du bien maintenant que la cigarette post-coïtale est passée de mode. Lorsqu'on sait s’éloigner de l’autre avec douceur, on est toujours attendu à nouveau avec plus d'impatience.